Kain Gembira : cinq années pour réinterpréter les traditions textiles indonésiennes

Après cinq années de recherche, le designer et directeur artistique indonésien Oi présente Kain Gembira, un projet consacré au dialogue entre les traditions textiles de l’archipel et une approche contemporaine du vêtement. Développé depuis 2021 avec des artisans du batik de Pekalongan, le projet réunit 120 œuvres en batik et 80 pièces de prêt-à-porter. Une recherche textile qui s’accompagne d’une réflexion sur la vie urbaine, l’apparence et la manière dont le vêtement participe à notre rapport aux autres.
Une tradition pensée autrement
Au cœur de Kain Gembira se trouve une pratique ancienne du vêtement indonésien : celle qui consiste à porter un tissu sans nécessairement le couper ni le coudre. Enroulé, noué, plié ou drapé, il se transforme selon le mouvement du corps et la manière dont il est porté.
Oi reprend ce principe pour construire une garde-robe contemporaine. Le tissu reste au centre de la création. Il conserve son intégrité, tout en étant transformé par la construction des vêtements. Cette approche permet au créateur de travailler la silhouette sans rompre avec les usages traditionnels du textile.
Le batik tulis, réalisé à la main à l’aide de cire avant la teinture, occupe une place importante dans cette recherche. Les motifs et les techniques qui lui sont propres ne servent pas uniquement de surface décorative. Ils deviennent une partie intégrante de la construction des pièces et contribuent à leur identité visuelle.
La collection repose également sur la rencontre de deux traditions vestimentaires. Les pièces du bas reprennent les principes indonésiens du drapé et de l’enveloppement du tissu. Les pièces du haut s’inspirent, quant à elles, de la structure et du formalisme associés aux vêtements de l’aristocratie européenne. Oi rapproche ainsi deux histoires du vêtement pour créer un langage qui lui est propre.
Le vêtement face aux contradictions de la ville
Kain Gembira ne se limite pas à une réflexion sur le textile. Le projet s’intéresse aussi aux tensions qui accompagnent la vie urbaine contemporaine. La pression de paraître parfait, la fatigue du quotidien, la solitude au milieu de la foule ou encore la nécessité de suivre constamment le rythme font partie des thèmes abordés par le créateur.
Le vêtement devient alors un moyen de réfléchir à notre propre représentation. Nous décidons de ce que nous montrons, de ce que nous dissimulons et de la façon dont nous souhaitons être perçus. Entre image personnelle et regard extérieur, il devient un espace où se construisent et se négocient l’identité et l’apparence.
Cette dimension accompagne directement la recherche formelle de la collection. Les vêtements ne sont pas seulement pensés pour habiller le corps. Ils interrogent aussi la manière dont celui-ci est observé dans un environnement où l'apparence occupe une place importante.
Cinq années de recherche à Jakarta
Développé sur cinq ans, Kain Gembira rassemble aujourd’hui 120 œuvres en batik et 80 créations de prêt-à-porter. Depuis 2021, Oi travaille avec des artisans du batik de Pekalongan afin de faire évoluer ces savoir-faire au sein d’une proposition contemporaine.
Le projet a été présenté le 27 août 2026 à 23 heures à Bale Nusa, dans le sud de Jakarta, dans le cadre d’une exposition conçue comme un univers à part entière. L’espace, imaginé comme une ancienne maison abandonnée, accueillait 30 installations et cinq performances artistiques. Les vêtements étaient présentés au milieu de ces différents éléments, créant un dialogue entre mode, art et réflexion sur la vie contemporaine.
Avec Kain Gembira, Oi envisage ainsi la tradition comme une matière en mouvement. Les savoir-faire historiques ne sont pas figés dans le passé : ils peuvent être transformés, déconstruits et réinterprétés pour répondre au présent. Une manière de faire évoluer le textile indonésien sans effacer ce qui constitue son histoire.








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