OR NOIR: Et si le soleil ne se levait pas
- Mrs Chanel Aïssa
- 21 avr. 2024
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 févr.

Directeur artistique : Itumba Mbokolo, Photographe : Rémy Muntu, Vidéaste : Kenny Vandal, Styliste : Sielle El krete, MUA / Hair : Claire Beauchamp - Claire Villard Paris, Fashion PR : Jaycia Office, Rédactrice : Chanel Aissa, Mannequins : Berena Badzoukoula - Wtnyy
L'enfer est nomade : il s'invite là où on l'appelle. C’est un théâtre où l’on déshabille l’humanité et condamne un souffle de vie. Fruit de dirigeants malsains, la guerre a souvent, en guise de bouclier, des innocents. Rien ne change, car cette situation est confortable pour “l’élite” et son entourage, qu’il n’hésite pas à éloigner, du cimetière qu’ils s'efforcent à agrandir. Quand il faudra demander l’addition, c’est auprès des témoignages horrifiants qu’il faudra se recueillir. Les terres africaines servent à la fois de ressources et de poubelle. Alors les griots chantent en chœur : « On pardonne, mais on n'oublie pas. »
Si l’humanité reflète la moralité de l’humain, à quel point en sommes-nous réellement capables ? Pourquoi les discussions et les révoltes s’éteignent-elles quand il s’agit d’une guerre en terre noire ? La guerre du Congo reste très peu médiatisée, et l’ironie de l’intérêt qu’on lui porte se révèle dans les rares réactions sur Twitter ou Instagram à côté des posts sur le conflit palestinien ou ukrainien.
L’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à de violents affrontements depuis près de trente ans. Plus de 7 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, et l’ONU considère cette situation comme un record historique. Recenser les victimes est nécessaire, mais agir pour stopper les hostilités serait bien plus profitable.
Cette tragédie commence avec la vision raciale de la société rwandaise promue à l’ère coloniale. Une distinction fut établie entre le peuple agriculteur Hutu et le peuple d’éleveurs Tutsi. La propagande visant à promouvoir la suprématie des Hutu a hanté les rues à partir des années 1950, et cette idéologie sans fondement a perduré après la colonisation.
« Tout était prétexte pour tuer », déclare Felicité Lyamukuris, auteure de L’ouragan a frappé Nyundo. En 1992, elle et sa famille durent fuir leur maison après avoir été pillées,. Les soldats inscrivaient “Hutu” ou “Tutsi” sur les portes pour distinguer les habitants, sous prétexte d’un recensement. Entre 800 000 et un million de Tutsis furent massacrés. Le génocide fut officiellement déclaré le 7 avril 1994, après l’attentat ayant coûté la vie au président Juvénal Habyarimana.
Ce génocide a été l’un des plus meurtriers de l’histoire.
Le 23 juin 1994, des soldats français, dans le cadre de l'opération Turquoise, viennent sécuriser le camp de réfugiés tutsis de Nyarushini. La Croix-Rouge distribuait de la nourriture et des couvertures. « Au début, on se sentait en sécurité, mais après une semaine, tout a déchanté », déclare une survivante tutsie dans le reportage d'Arte, « Violés par nos sauveurs ». Plusieurs témoignages sanglants et horrifiants relatent à ce jour des cas de viols commis par des Casques bleus.
« Je me rappelle ce jour-là, alors que j’avais mon enfant au dos, des soldats sont arrivés soudainement et m’ont violée dans les tranchées. J’y suis restée trois jours, mon entrejambe couvert de sang. »
« Ils m’ont enfoncé une barre de fer entre les jambes… je portais la vie… L’un d’eux rigolait fortement en soulignant à quel point c’était cruel. »
Le génocide au Rwanda prend fin lorsque le Front Patriotique Rwandais(FPR), un parti politique tutsi, reprend le contrôle de la capitale Kigali. Son commandant, Paul Kagame, est l'actuel président du Rwanda depuis 2000. À la suite des massacres, environ un million de Hutus fuient vers le Zaïre (l'actuelle République démocratique du Congo) pour éviter les représailles sanglantes du FPR, dirigé par le commandant Paul Kagame.
Les Tutsis rescapés du génocide se sont déplacés vers l'est de la RDC, dans les actuelles provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Quant aux anciens responsables Hutus, ils ont formé un groupe militaire appelé les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Organisés en RDC, ce groupe armé vise à renverser Paul Kagame au Rwanda et à reprendre le pouvoir. Ainsi, la crise est liée à une offensive des membres du Mouvement du 23 Mars (M23), que le Congo accuse le Rwanda de soutenir. Le Rwanda a également accusé la RDC de soutenir le groupe paramilitaire FDLR.
Le Congo et le Rwanda nient soutenir respectivement les FDLR et le M23.
D'autre part, le combat persiste à cause de l'implication de certains gouvernements et multinationales. Ils sont soupçonnées d'alimenter les hostilités au profit de l'exploitation du sol. Les sols de la RDC, en particulier ceux du Kivu, contiennent entre 60 % et 80 % des réserves mondiales de coltan, un minerai essentiel à la fabrication des smartphones et des ordinateurs. On y trouve également de l'uranium, de l'or, et des diamants. Le film "Blood Diamond", réalisé par Edward Zwick en 2006, illustre de manière curieusement évidente ce que beaucoup savent, mais préfèrent ignorer. Les enjeux économiques sont énormes et attirent de nombreux acteurs. L'économie de "l'élite" se construit souvent à proximité des cadavres.
Paul Kagame a plus d'une fois réfuté toutes les accusations affirmant que le Rwanda soutient le M23. Cependant, un rapport accablant de l'ONG Human Rights Watch, publié le 6 février 2023, montre que le Rwanda apporte un soutien logistique, financier, et humain au M23. Bien que le masque soit tombé, Kagame n'est pas le seul acteur impliqué, restant un pion avide dans le jeu. Selon l'Organisation des Nations unies (ONU), 200 000 femmes ont été violées dans la région entre 1998 et 2013... c'est le dernier chiffre officiel rendu public.
« Ils égorgeaient les femmes qui leur résistaient et les jetaient dans des fosses communes. »
« Après 18 mois de captivité où j'avais été un objet sexuel, j'ai saigné pendant deux semaines et portais en moi cinq maladies sexuellement transmissibles. »
On souligne tout de même l'implication des médecins de l'hôpital de Panzi, spécialisé dans le traitement des survivantes de violences sexuelles. L'hôpital accueillait des femmes de tous âges victimes d'abus sexuels.
Son directeur, M. Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, est surnommé « l'homme qui répare les femmes ». C'est un véritable acteur de la lutte contre l'atteinte à la dignité humaine, et plus précisément des femmes.
« Nous aimons tous les belles voitures, les beaux bijoux, les smartphones. Ces objets contiennent des minerais que l'on trouve chez nous, souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants victimes d'intimidation et d'abus sexuels », dit Denis Mukwege.
D'autres acteurs et organisations internationales s'engagent également dans la lutte.
"Il y a très peu de nourriture qui circule dans les camps. Donc, les gens ont faim. Les femmes, les filles, se prostituent pour obtenir de l'argent."
Cette prostitution des mineurs a par exemple poussé le chanteur Dadju à fonder l'association Give Back Charity pour leur venir en aide. "Quand j'ai vu une enfant de 12-13 ans enceinte, ça m'a bouleversé. C'est une enfant qui veut jouer, mais elle est enceinte ! Nous avons essayé de mettre en place des programmes de suivi pour les aider à se réinsérer dans la société, dans la vraie vie", confiait le chanteur à Canal+ en 2021. Nous pouvons aussi citer l'influenceuse Sally, une véritable porte-parole de notre génération.
Cet article a pour but de dénoncer l’hypocrisie des dirigeants et notre manque de considération pour le monde qui nous entoure. L’opinion publique s'engage dans des combats qui sont un peu plus tendance et moins marqués par la couleur. Nous devons comprendre les enjeux de notre rôle en tant que consommateurs et cibles directes. Nous devons pouvoir boycotter un produit lorsqu’on sait que sa production ne respecte pas la dignité humaine. Ne pas intervenir serait accepter cette traite humaine.
L'enfer s'illustre sur les terres du Congo et se perpétue dans notre indifférence.
« Nous avons tout le pouvoir de changer le cours de l'histoire lorsque les convictions pour lesquelles nous nous battons sont justes », Denis Mukwege, prix Nobel de la paix.
Le soleil doit se lever !







Commentaires