Muganga récompensé au Carlton Cannes : un discours qui méritait davantage d'attention
- Issey
- il y a 1 jour
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Le 19 mai dernier, au Carlton Cannes, le film Muganga a reçu le Prix du Meilleur Film lors du Cannes Prestige Summit. Une nouvelle distinction pour cette œuvre inspirée du combat du docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, qui consacre sa vie à la prise en charge des femmes victimes de violences sexuelles dans l'est de la République démocratique du Congo.
Après la remise du prix, l'actrice Babetida Sadjo est montée sur scène pour s'adresser au public. Dès les premiers instants de son intervention, elle a rappelé que cela faisait désormais trente ans que les femmes de l'est du Congo se battent pour survivre aux violences qui frappent la région. Elle a également rendu hommage aux personnes qui, depuis des années, œuvrent pour que cette réalité soit connue et entendue à travers le monde.
Mais alors qu'elle évoquait les massacres, les atrocités et les viols commis contre les femmes et les populations civiles, les conversations continuaient dans la salle. Le brouhaha était permanent. Une partie des invités semblait davantage occupée par ses échanges que par les paroles prononcées sur scène.
Face à cette situation, Babetida Sadjo n'a pas cherché à ignorer ce qui se passait. Elle l'a directement évoqué au micro. « Même si vous n'écoutez pas », a-t-elle déclaré avant d'ajouter qu'elle continuerait malgré tout à porter ce message. Quelques instants plus tard, elle a demandé « un tout petit peu de respect » à la salle avant de poursuivre son intervention.
L'actrice a ensuite lancé un appel à entendre et à agir. Elle a rappelé que l'histoire racontée par Muganga n'était pas uniquement congolaise mais concernait l'humanité tout entière. Elle a remercié les femmes qui continuent de résister malgré les injustices, ainsi que les hommes et les femmes qui se tiennent à leurs côtés.
L'un des passages les plus marquants de son discours est intervenu à la fin de son intervention. Évoquant les minerais présents dans nos téléphones, elle a rappelé le lien entre notre confort quotidien et les souffrances vécues dans certaines régions du Congo. Elle n'a pas appelé le public à la culpabilité, mais à la prise de conscience et à l'écoute.
Cette prise de parole restera comme l'un des moments les plus marquants de la soirée. Non seulement par la force des mots prononcés, mais aussi parce qu'ils ont été exprimés malgré l'indifférence perceptible d'une partie de l'assistance. Alors que Muganga venait d'être récompensé pour son message et sa portée humaine, Babetida Sadjo a rappelé que recevoir un prix ne suffit pas : encore faut-il être prêt à entendre ce que l'œuvre a à dire.
Photos réalisées par Yris Magazine.








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