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Sonia Rolland : Actrice & réalisatrice

Dernière mise à jour : 1 avr. 2023



Dans les années 2000, à seulement 18 ans, Sonia Rolland est couronnée Miss France. Depuis, elle est devenue une comédienne, productrice et réalisatrice épanouie. De son enfance au Rwanda au tournage de son premier film en tant que réalisatrice, elle se livre sur ses différents projets professionnels, ses engagements humanitaires et son amour pour la mode vintage.



Peux-tu te présenter en quelques mots pour nos lecteurs ?

Je suis Sonia Rolland, réalisatrice, productrice et comédienne, entre autres dans la série Tropiques Criminels sur France 2, depuis le 30 Septembre 2022.


Quelles sont tes activités actuelles, hors promo de la série Tropiques Criminels ?

J’ai tourné en novembre 2022 mon film, mon premier unitaire pour France 2. Il raconte le parcours improbable d’une candidate au concours Miss France basée sur mon histoire personnelle, mais interprétée sous forme de fiction pour que le message soit universel et accessible à tout public.


As-tu travaillé sur le scénario ?

Je l’ai coécrit avec Fadette Drouard et ce film a été co-produit avec la maison Mother Production, qui a produit notamment la série Dix pour Cent. Ce sera un unitaire France 2 tiré de faits réels.


Quand aurons nous la chance de le découvrir ?

En 2023, car je l’ai tourné en Novembre.


Comment t’es-tu lancée dans la comédie ?

Cela fait très longtemps que j’avais formulé mon envie d’être comédienne puisque je faisais déjà du théâtre à l’école. Mais comme nous sommes arrivés en France en 1994 dans des conditions telles qu’elle était, mes rêves de comédie se sont arrêtés, au profit d’un retour aux études.


Quand je suis devenu Miss France, j’étais très jeune, j’avais 18 ans. Ma mère m’avait demandé de me concentrer sur le baccalauréat, en me disant que la comédie viendrait après en tant que loisir, car à l’époque, il y avait peu de représentation de la diversité. Et c’est difficile de se projeter dans un métier, dans un milieu où notre représentation est faible. Mes parents m’avaient alors demandé de choisir un chemin plus sécurisant.


Qu’est-ce qui t’a attiré dans l’univers de la comédie ?

J’ai toujours rêvé d’être comédienne, mais encore plus d’être réalisatrice ! Je me suis décidée à me lancer parce qu’un producteur m’a fait confiance et j’ai fait mon premier court-métrage, ensuite un documentaire. J’ai enchaîné beaucoup de projets en tant que réalisatrice, mais qui sont loin de la fiction que je m’apprête à réaliser.


Comment tu te prépares avant un tournage en tant que comédienne ?

En tant que comédienne, j’ai une préparation.

surtout physique, mais aussi au jeu d’actrice que je travaille avec ma coach Karine Nuris. J’aime travailler le physique car il me fait aussi travailler le mental. Comme j’enchaîne environ 80 jours de tournage, il me faut un mental d’acier, on se lève très tôt, on se couche plutôt tard, on enchaîne des textes et des textes. Plus j’ai de préparation mentale, plus je suis à l’aise et le tournage se déroule bien. Avec Karine, on travaille mon personnage et des aspects des nouveaux défis liés à la saison qu’on doit tourner.


Ressens-tu du stress lorsque tu arrives sur ton lieu de tournage?

Là, en l’occurrence, je connais bien l’équipe, on travaille ensemble depuis 4 saisons maintenant. Ce sont plutôt les nouvelles équipes qui sont intimidées par notre troupe. Mais c’est vrai qu’à l’approche du tournage, on a cette appréhension de savoir si l’on va être à la hauteur. On a toujours un petit doute mais il disparaît vite parce qu’on est très bien entourés et très bien accueillis sur les tournages. Le tout, c’est d’être bien préparé. Maintenant, en tant que réalisatrice, je l’exige aussi des comédiennes et comédiens qui travaillent avec moi. Je le redis, quel que soit le métier occupé dans l’environnement de la comédie, mieux on est préparé, mieux le tournage se passe bien pour tout le monde. Parfois, on reçoit les financements très peu de temps avant de tourner, donc pour moi, un comédien ne doit pas attendre le feu vert d’un producteur pour se préparer.

Dès lors qu’il est choisi pour un film, il faut qu’il commence déjà par travailler son personnage, se plonger dans l’univers de ce personnage et de sa personnalité. Par exemple, dans la série, je sais que mon personnage est sportif, que les auteurs écrivent souvent des situations qui amènent à me préparer physiquement, donc je le fais et je n’attends pas après la Prod pour m’organiser et m’y préparer. Il y a donc un investissement personnel pour pouvoir mener à bien son projet de comédienne ou de comédien. Là, ce tournage à Angoulême est un énorme projet pour moi en tant que réalisatrice, c’est un projet personnel que j’ai coécrit et que je coproduit. J’ai plusieurs casquettes sur ce projet, mais je me suis bien entourée. Pour moi, pour durer dans le métier, il faut savoir s’entourer et savoir déléguer parce qu’on ne peut pas être sur tous les fronts. Il faut s’entourer de gens avec lesquels on peut s’entendre, des gens bienveillants, professionnels et exigeants comme moi je le suis. Et les choses arrivent. Cependant, il faut être très patient, mais ne rien lâcher. Il faut aussi savoir se remettre en question quand on se prend un mur, un échec, il faut chercher à savoir pourquoi. Moi quand cela m’arrive, comme à tout le monde, je ne baisse pas les bras et j’apprends, quelle que soit la difficulté ou la désillusion rencontrées.


Nous savons que tu es née et que tu as passé une partie de ton enfance au Rwanda. En gardes-tu des souvenirs?

Je m’efforce de garder les souvenirs les plus heureux malgré mes adieux déchirants à mes copains alors que je n’avais que 15 ans. Mais avant cela, j’ai vécu une enfance douce, joyeuse, qui reflétait la douceur de vivre dans mon pays à une certaine époque.


Quel avenir espères-tu pour ton pays?

J’ai fait un documentaire justement qui s’appelle « Rwanda du chaos au miracle » en 2014, et déjà à l’époque, je pressentais que ce pays allait faire des prouesses après un génocide. En 20 ans, ils ont accompli de fabuleuses avancées en gestion humaine, économique et sociale. Mais aussi, pour la question de la place de la femme dans la société et l’écologie. À moi, cela m’a redonné espoir, surtout en tant qu’humaniste ! J’ai d’ailleurs dirigé une ONG pendant 20 ans justement, une association pour les enfants appelée Maïsha Africa, mais on peut rapidement tomber dans le pessimisme et ne plus croire en rien, parce qu’on est en permanence face à une réalité de souffrance, d’injustice permanente où on a la sensation que rien n’avance malgré nos efforts. Et si tu ne prends pas suffisamment de recul, tu ne peux pas être efficace sur le terrain. Quand on a un regard concret sur les choses, il est très difficile de ne pas tomber dans la tristesse et la mélancolie. C’est pourquoi il faut croire en l’Humanité dans sa globalité. Pour moi, le Rwanda est l’exemple d’un pays qui a su, grâce à la résilience, se reconstruire en misant justement sur l’Humain. Devant tant de prouesses, j’ai à nouveau de l’espoir. Tout n’est pas fichu (rires). Mais c’est à la portée de tout le monde. Il faut savoir regarder devant soi avec courage. Les sociétés doivent être résilientes pour pouvoir se relever et évoluer avec leur temps. Il est l’heure de se réveiller et de réparer toutes ces erreurs avec de l’autodiscipline, afin de chercher des solutions par nous-mêmes sans devoir attendre après l’Etat ou qui que ce soit. Il faut savoir prendre sur soi, faire quelques sacrifices pour avancer comme a fait le Rwanda, les habitants ont passé leurs 25 dernières années à réparer et reconstruire leur pays et leur psychologie en prenant sur eux. Ça, c’est du courage auquel je tire mon chapeau !


Ton amour envers la France est aussi fort?

Absolument ! Je me fais un peu le porte-voix du Rwanda car pour l’instant il y a peu de médias qui en parlent. Côté France, dans le film que je m’apprête à tourner, je parlerai de la France ouvrière, du milieu social dans lequel j’ai grandi quand je suis arrivée en France, qui est un milieu ouvrier. Mon message sera de se donner les moyens de vivre ses rêves. Dans ce film, il y aura des aspects qui parle- ront à beaucoup de Français. C’est pourquoi je suis très heureuse qu’il soit diffusé à la télévisions, sur France Télévision parce qu’il a une volonté d’utilité et d’information publique. Il ne faut pas renoncer à ses rêves parce qu’on vient d’un certain milieu social. Il faut briser les clichés et faire tomber les murs. Depuis que j’ai été Miss France, j’ai toujours eu la volonté de faire tomber les murs en tant que femme métissée, d’origine rwandaise et française, j’ai toujours voulu créer des ponts entre mes deux cultures et entre les mondes sociaux. Avec mon couronnement en 2000, j’ai fait exploser ce fameux « plafond de verre » (ndlr) qui m’a permis d’accéder à un autre monde social et d’en apprendre les codes qui ne sont pas donnés à tout le monde. J’ai donc arrêté de croire que je n’y avais pas le droit. Il faut savoir briser ses propres chaînes et même si à la base, c’est un monde que je ne connaissais pas, je sais maintenant naviguer dans ce monde tout en restant connecté à MA réalité. Cela signifie que je suis quelqu’un de totalement flexible, ayant une lecture avec le curseur au bon endroit. Rien n’est complètement noir ou blanc, il faut apprendre à entrevoir les nuances, car il y a des entre-deux entre les extrêmes. J’ai besoin de mon temps d’analyse avant d’adhérer ou non à quelque chose. On peut combattre autrement qu’avec la colère, il y a aussi le dialogue. J’essaie de faire preuve de sagesse dans tout ce que je fais. C’est la voie la plus pérenne pour moi. Aujourd’hui, j’ai des privilèges parce que j’ai travaillé beaucoup et très dur. On peut avoir tous les talents du monde, c’est par le travail qu’on fait la différence. Ce serait un de mes messages.


Parlons un peu mode.

Nous savons que tu as des tenues confectionnées à partir de tissus africains. As-tu des noms de couturiers qui les utilisent à nous recommander ?

Tout à fait, j’ai en tête le nom d’un couturier rwandais qui s’appelle Moshions, qui est un couturier qui est en train de monter. Je suis fan des couturiers français, j’adore la manufacture française, l’artisanat en général. Je suis d’ailleurs marraine d’une association qui s’appelle La Fabrique Nomade, qui aide les mi- grands en France à retrouver leur premier métier, leur savoir-faire artisanal. Elle ouvre ces portes à une dizaine de personnes par an, pour leur offrir une formation un peu plus poussée dans le métier qu’ils connaissent, ainsi qu’un apprentissage du français afin que ces apprenants intègrent des entreprises, des maisons de Design ou des ateliers. Par exemple, une des brodeuses a pu rejoindre les ateliers DIOR. Et c’est d’autant plus important que beaucoup de métiers manuels tels que la broderie se perdent. D’ailleurs, certains apprennent pratiquent un métier qui n’existe plus en France. Sans compter que la fondatrice de cette association, Inès Mesmar, est hyper inspirante, car elle-même a dû dans l’urgence changer

de métier en arrivant en France.


Quelle est ta vision de la mode actuelle?

Je ne suis pas une consommatrice de mode, je l’aime pour ce qu’elle est capable d’offrir sur le plan Artisanat & Savoir-faire.

peux m’acheter un très beau manteau que je garderai très longtemps. Je porte toujours (malgré mes deux grossesses- rires) des tenues achetées à mon époque Miss France avec toujours autant de plaisir, notamment des pièces Yves-Saint-Laurent. Je fuis et j’éduque mes enfants à fuir la fast-fashion, et à préférer des pièces ayant déjà eu une première vie. Plus s’intéresser au style qu’aux tendances. J’adore le vintage car il y a une histoire derrière chaque article. Moi, j’adore le style garçon qui peut se porter avec des sneakers ou avec des escarpins selon l’occasion ou l’humeur. J’aime aussi Céline, Balmain, Martin Margiela ou encore des couturiers nouveaux pour des matières issues du recyclage.


Yris Magazine souhaite rendre hommage au chanteur PRINCE. Le connais-tu?

Oui, j’ai eu la chance de le rencontrer, c’était une personne à la fois cynique quand il observait son entourage et à la fois très cool et gentil, pour moi


Quel sera ton mot de la fin de cette interview?

Toujours croire en nos rêves et s’en donner les moyens!




Photographe, @vincent.mizzi


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